Aller au contenu

Boltanski, Luc


  • Boltanski : De la critique

    Le rapport que la sociologie entretient avec la critique sociale n'a cessé de hanter cette discipline depuis les origines. La sociologie doit-elle être mise au service d'une critique de la société, ce qui suppose de rendre compatibles description et critique? La critique détourne-t-elle la sociologie de son projet scientifique ou en est-elle la finalité sans laquelle la sociologie ne serait qu'une activité vaine, détachée des préoccupations que nourrissent les personnes en société ? Cette question a déterminé les couples d'oppositions fondateurs - entre faits et valeurs, idéologie et science, déterminisme et autonomie, structure et action, approches macro et micro sociales, explication et interprétation, etc. Elle dicte deux des principaux programmes qui aujourd'hui configurent la discipline : la sociologie cri-tique des années 1970, particulièrement dans la forme que lui a donnée, en France, Pierre Bourdieu ; la sociologie pragmatique de la critique, développée dans les années 1980-1990. Dans la sociologie critique, la description en termes de rapports de forces met l'accent sur la puissance des mécanismes d'oppression, sur la façon dont les opprimés les subissent passivement, allant, dans leur aliénation, jusqu'à adopter les valeurs, intériorisées sous la forme d'idéologies, qui les asservissent. La sociologie pragmatique décrit les actions d'hommes révoltés mais dotés de raison, porte l'accent sur leur capacité, dans certaines conditions historiques, à se lever contre leur domination, à forger des interprétations nouvelles de la réalité au service d'une activité critique. Luc Boltanski propose ici un cadre permettant d'articuler ces deux approches, apparemment antagoniques - l'une déterministe et réservant le beau rôle à la science éclairante du sociologue, l'autre soucieuse de se tenir au plus près de ce que (lisent et font les personnes. Ce travail d'unification le conduit à réélaborer des notions centrales pour la sociologie comme celles de pratique, d'institution, de critique et, finalement, de " réalité sociale ". Il a pour ambition de contribuer au renouvellement actuel des pratiques de l'émancipation. Edition 2009, 294 pages

    20,20 €
  • Boltanski : rendre la réalité inacceptable

    Voici un morceau d'un des chapitres du livre : L’existence des classes sociales comme cause à défendre Je voudrais revenir quelques instants sur la question des classes sociales. Un ouvrage collectif publié en 2004 s’appelle : Le Retour des classes sociales 1. C’est donc bien qu’elles avaient disparu, sinon de la réalité, au moins de l’espace de représentation, ordinaire, politique mais aussi sociologique du monde social. Rétrospectivement, le parti qui était le nôtre, celui de mettre les classes sociales au coeur de la problématique sociologique, peut être interprété comme une anticipation de cette disparition et comme une intuition de la fragilité de ce mode de manifestation des différences et des inégalités. La division de la société en classes sociales, le fait que ce principe de classification et ce facteur d’inégalités l’emportaient sur les autres, se présentait aussi pour nous comme une cause, la cause des classes sociales, dont il fallait assurer la défense contre ceux qui en niaient l’importance ou en prédisaient la fin comme pour mieux les effacer de la perception collective, les rendre invisibles (cf. dans le Dictionnaire : « Il est frappant de voir la société s’orienter vers une structure sans classe », phrase lapidaire tirée d’un ouvrage de M. Poniatowski). Dans les années 1970, le sentiment de classe (plutôt que la « conscience de classe » car cette expérience du monde n’était pas nécessairement associée immédiatement à l’idée de lutte) constituait une façon ordinaire, banale, de considérer la vie sociale. En témoignent, notamment, des films (par exemple ceux de Claude Sautet) et des romans (par exemple ceux de Jean-Patrick Manchette), les bd (par exemple celles dont Pierre Christin était le scénariste) qui connurent une large audience dans ces années-là et qui mettent en scène des relations entre personnes (de mépris, de distance, d’amour, de rejet, etc.) médiatisées par leur appartenance et aussi, ou surtout, par leur origine de classe, comme si la classe sociale constituait le marqueur principal permettant aux personnes d’identifier les autres et de se doter d’une identité. La classe se voyait, se sentait, dans les manières, le corps, la façon de parler, les goûts et les dégoûts. L’accent mis sur la classe était donc indissociablement politique et psychologique, de l’ordre de la statistique et de l’ordre du « vécu », du plus subjectif et du plus objectif. .... 190 pages édition poche 2022

    8,30 €
  • Boltanski : Vers l'extrême, extension des domaines de la droite

    "Jours de colère" a réuni le 26/01/14 des milliers de manifestants. Ce qui ne se serait jamais produit il y a encore quelques années sans susciter l'indignation, nourrit désormais notre actualité et se manifeste aussi bien dans les conversations, que dans les votes et les actes de gouvernement.

    La situation politique apparaît aujourd'hui comme exceptionnelle : elle se caractérise par une dérive vers la droite tirée vers l'extrême de toute la société.

    Que l'impossible d'hier devienne chose probable aujourd'hui suppose une situation d'autant plus inquiétante que ceci ne concerne pas uniquement la France. S'il est possible d'éviter ce que nous ne voulons pas, il faut commencer par répondre à la question : "Qu'est-ce que notre actualité ?". C'est à cette tache que ce texte s'associe.

    édition : mai 2014

    7,50 €