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Kondratieva, Tamara


  • Kondratieva : Bolchéviks et Jacobins

    Il y a trente ans, l’analogie avec la Révolution française fut à l’origine d’une philosophie soviétique de l’Histoire qui rejeta 1789 au nom de 1917 : posée en année zéro, la révolution d’Octobre ouvrit la voie au communisme en surpassant ainsi toutes les révolutions précédentes.
    À l’heure du centenaire de la révolution de 1917, on reconnaît toujours officiellement en Russie que cette dernière « fut un des grands événements du XXe siècle », mais avec la renaissance des conservatismes et des nationalismes, sa grandeur est réinterprétée : « La transformation révolutionnaire aurait initié un projet global de civilisations. » Sans céder la première place à l’universalisme de la Révolution française, la primauté de la révolution russe est réaffirmée comme projet concurrentiel pour le devenir du monde.
    Ce livre se propose de montrer comment la Révolution française, en tant que référence majeure des révolutionnaires russes tout au long du XIXe siècle, a pesé sur les consciences et l’action historique ; comment une prolifération d’analogies s’est emparée, après 1917, de l’imaginaire social autour de questions brûlantes : Lénine est-il un nouveau Robespierre ? Faut-il trouver en Bonaparte un modèle pour Staline ? Un Thermidor soviétique a-t-il déjà eu lieu ? Le travail mené ici rend ainsi compte des répercussions qu’a eues l’imaginaire dans la prise de deux décisions clés de l’histoire soviétique – l’instauration de la nouvelle politique économique en 1921 pensée comme une « autothermidorisation » par Lénine et son abandon en 1928 pensé par Staline comme une mesure préventive contre Thermidor.

    édition : octobre 2017

    35,00 €
  • Kondratieva : Gouverner et nourir. Du pouvoir en Russie (XVIe-XXe siècles)

    Si le même signifiant confond nourrir et gouverner (kormit), la table et le trône (stol), c'est que la langue tend à l'historien un indice : une représentation du pouvoir perce à travers les temps indépendamment du régime politique. Quelle culture la soutend ? Quels effets s'y mêlent ? En Russie comme en URSS, on peut observer un écart considérable entre l'émergence institutionnelle de l'État moderne (XVIeXXe siècles) et les pratiques courantes de l'exercice du pouvoir. Tamara Kondratieva part de l'hypothèse que les bolcheviks ravivent l'ancienne fonction nourricière du pouvoir. Réinvestissant le Kremlin désaffecté depuis le XVllle siècle, ils organisent une hiérarchie de nomenklatura dont le réseau de ravitaillement rappelle le don en nourriture pratiqué aux XVIe-XVlle siècles à la cour tsarienne. L'étude de la similarité entre deux époques éloignées illustre une rencontre capitale entre le passé et le futur contenu dans le projet révolutionnaire. L'observation de certaines pratiques telles que la rémunération des fonctionnaires, la tutelle seigneuriale ou étatique aux XVllle et XIXe siècles, éclaire le problème de la nature des régimes politiques en Russie tsariste et soviétique. Bien qu'ils soient incarnés par des structures d'État différentes, force est de constater qu'ils émanent du même type de représentations que la pensée politique qualifie de « domestiques ». Le modèle domestique fonctionne si clairement que les formules habituelles telles que « le despotisme de l'État autocratique » ou « l'omniprésence de l'État totalitaire » deviennent du coup très opaques. L'idéologie communiste n'était certainement pas seule aux commandes des conduites et des choix des dirigeants soviétiques. Tamara Kondratieva, professeur d'histoire contemporaine de l'Université de Valenciennes, est l'auteur de Bolcheviks et jacobins. Itinéraire des analogies (1989) et de La Russie ancienne (1995). 274 pages Edition : 2002

    24,00 €