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Proche et Moyen-Orient


  • Achcar : Eichmann au Caire

    Adolf Eichmann était l'un des organisateurs des camps de concentration nazis. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, il a réussi à échapper aux Alliés et s'est installé en Argentine où il a vécu sous une fausse identité jusqu'en 1960, avant d'être kidnappé par des agents du Mossad israélien. Conduit secrètement en Israël, il a aussitôt été jugé, condamné à mort et exécuté, le 31 mai 1962. A l'époque, l'affaire Eichmann a eu un retentissement considérable et l'on sait que Hannah Arendt lui a consacré un ouvrage devenu rapidement un classique de la philosophie politique, Eichmann à Jérusalem ou la banalité du mal. Le premier article de ce livre traite de la réception de cet événement dans le monde arabe, et plus précisément en Egypte. Le choix de ce pays n'est évidemment pas anodin. En effet, sous la direction de Nasser, c'était le porte-drapeau du nationalisme arabe, le champion de la lutte contre Israël, et il n'était pas rare en Europe et aux Etats-Unis de lire dans la presse des articles l'assimilant au fascisme, et même au nazisme. Or, Gilbert Achcar, se fondant sur la couverture du procès Eichmann par le quotidien officieux Al-Ahram, alors dirigé par le confident de Nasser, Muhammad Hassanayn Haykal, a régulièrement dénoncé autant les crimes nazis que l'usage qui en a été fait par la propagande israélienne pour justifier l'expulsion des Palestiniens et le déni de leurs droits nationaux. Dans les deux autres articles, l'auteur revient sur son ouvrage Les Arabes et la Shoah, qui, à sa parution en 2010, a suscité de furieux débats tant aux Etats-Unis et en Israël qu'au Liban et dans d'autres pays du monde arabe. édition : septembre 2012

    16,00 €
  • Achcar : Le choc des barbaries

    Au-delà de l'horreur, les attentats du 11 septembre 2001 ont soulevé des questions majeures. Étaient-ils l'expression du désordre mondial de l'après-guerre froide ? Plutôt qu'à un « choc des civilisations », n'assistons-nous pas à un « choc des barbaries » ? Comment expliquer que Ben Laden, l'ennemi numéro 1 des États-Unis, soit originaire du royaume saoudien, un de leurs alliés les plus anciens ? Quel rapport y a-t-il entre un terrorisme qui vise l'hyperpuissance américaine et l'impératif de « dominance » mondiale qu'elle s'est assigné ? Et comment, du « nouvel ordre mondial » promis par Bush père, en est-on arrivé, sous Bush fils, à ce chaos, entre violence aveugle et calcul égoïste ? C'est à l'ensemble de ces questions que répond ce livre lumineux, une réflexion critique sur les nouveaux rapports de force internationaux et la tentation impérialiste des États-Unis. « II s'agit du texte le plus percutant et le plus rigoureux qu'on puisse lire sur cette guerre. » Le Monde diplomatique 190 pages édition : janvier 2004 en poche

    15,00 €
  • Achcar : Marxisme orientalisme cosmopolitisme

    Ce livre regroupe quatre contributions majeures à des débats brûlants dans la vie politique et intellectuelle de nos jours.
    -La première porte sur la conception marxienne de la religion et de la relation entre religion et politique, et propose une analyse comparée de la théologie chrétienne de la libération et de l'intégrisme islamique.
    -La deuxième critique certaines tendances de la recherche française sur l'islam et le monde arabe, qui partagent les présupposés essentialistes de l'orientalisme classique tout en les inversant : l'islam reste la culture déterminante des sociétés où il est majoritaire, mais se voit érigé en voie obligée de la modernité.
    -La troisième étude part d'une critique de la caractérisation par Edward W. Said du marxisme comme avatar de l'«orientalisme» pour examiner l'évolution théorique et politique de Marx et d'Engels sur la question coloniale.
    -Le dernier article, enfin, est consacré aux usages marxistes de la notion de cosmopolitisme, en résonance avec les débats autour de la mondialisation et de l'altermondialisme.
    L'auteur montre que la critique du cosmopolitisme bourgeois a toujours été chez Marx et Engels une dénonciation de sa substance capitaliste et non une condamnation du cosmopolitisme en tant que tel.

    édition : mai 2015

    21,00 €
  • Achcar et Chomsky : La poudrière du Moyen-Orient

    Voici un extrait qui montre l’importance de cet ouvrage. Chomsky : Un Réseau asiatique pour la sécurité énergétique est actuellement en formation. Il s’articule essentiellement autour de la Chine et de la Russie ; l’Inde et la Corée du Sud vont vraisemblablement s’y joindre et peut-être le Japon, bien que ce dernier soit ambivalent. Il s’agit d’une tentative de mettre sur pied un vaste système de contrôle systématique des ressources énergétiques de cette énorme région asiatique. Car celle-ci dispose elle-même de ressources considérables, particulièrement en Sibérie. Ces pays aimeraient que l’Iran se joigne à eux. Or, il est tout à fait possible que celui-ci - s’il en vient à la conclusion que l’Europe occidentale est trop inféodée aux États-Unis pour pouvoir agir indépendamment - renonce à l’Occident et se tourne vers l’Est pour se joindre à ce Réseau, dont il deviendrait une des clés de voûte. Cela serait un cauchemar pour les États-Unis. Il est frappant de constater que l’Inde, bien qu’elle déploie de gros efforts pour maintenir sa nouvelle alliance avec les États-Unis, semble néanmoins avoir enfreint les ordres des États-Unis concernant un pipe-line vers l’Iran. En effet, les États-Unis ont tenté avec acharnement de pousser l’Inde à renoncer à ce pipeline, mais elle a tout simplement refusé d’obtempérer. Là encore, il s’agit d’une tentative visant à l’indépendance énergétique. Un tabou presque religieux. Soit dit au passage, ce tabou qui interdit de faire état, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, du pétrole irakien - on a presque affaire à un tabou religieux - engendre une très curieuse situation quant à tout le débat autour du retrait de l’Irak. De part et d’autre de l’éventail politique, de la gauche à la droite, quand on discute d’un éventuel retrait états-unien, on évite d’aborder la question des incidences en matière pétrolière. Or, pour les planificateurs états-uniens, cette question est forcément d’importance cruciale car, pour eux, se retirer de l’Irak sans y laisser un État inféodé serait une catastrophe absolue. Ils perdraient leur position dans le monde. Imaginez ce qu’un Irak indépendant serait susceptible de faire. Qu’il soit démocratique ou non, il aura une majorité chiite, laquelle sera influente, voire vraisemblablement dominante. Celle-ci a des liens avec l’Iran. L’ayatollah Ali al-Sistani, le plus éminent religieux chiite, y est né ; la brigade Badr, la milice qui contrôle pour l’essentiel le sud de l’Irak, y a été formée. Et ces relations s’intensifient. L’Irak chiite et l’Iran chiite ont déjà des rapports amicaux. Il y a en outre une importante population chiite en Arabie saoudite, tout juste de l’autre côté de la frontière, qui a été brutalement opprimée par la monarchie. Or, il se trouve que c’est là qu’est situé l’essentiel du pétrole saoudien. Un Irak indépendant dominé par les chiites encouragera certainement les initiatives autonomistes dans les régions chiites d’Arabie saoudite, en alliance avec l’Iran. Pensez seulement à ce que cela signifie : les principales réserves pétrolières du monde seraient en fin de compte hors du contrôle des Etats-Unis - voire, pire encore, elles seraient peut-être assujetties à un Réseau asiatique pour la sécurité énergétique dont le cœur serait la Chine. Vous ne pouvez imaginer pire cauchemar pour Washington. Le fait qu’on n’aborde même pas le sujet dans toutes ces discussions sur le retrait de l’Irak est un cas époustouflant de cécité commandée par l’idéologie. - Source : http://lautjournal.info Ecosociété, juin 2007. En 2006, le rapport annuel du département d’État américain faisait état d’une augmentation de 29% des actes terroristes ; une hausse en grande partie imputable à l’attitude historiquement impérialiste des États-Unis au Moyen-Orient. Washington se targue d’une mission démocratique qui devient rapidement ironique puisque son principal allié reste l’Arabie saoudite, régime particulièrement obscurantiste et autoritaire. À l’inverse, l’Iran, qui a une structure démocratique beaucoup plus avancée, reste la bête noire de Washington. Mais quelles sont les conséquences de tels paradoxes politiques ? Comment risquent d’évoluer les différents systèmes de pouvoir en présence ? Dans un dialogue réalisé en 2006, Gilbert Achcar et Noam Chomsky répondent à ces questions et à beaucoup d’autres. Ils examinent point par point les racines des déséquilibres et des conflits, tels que la guerre en Afghanistan et au Liban, le bourbier de l’Irak, le conflit israélo-palestinien, le rôle de la Syrie, de l’Iran, les implications des États-Unis, de la Russie, de la Chine et de l’Europe dans ces régions. Au-delà des questions géostratégiques, ils analysent les différentes formes de terrorisme, la montée des intégrismes religieux islamique comme chrétien, et l’état de la démocratie. Bien qu’autosuffisants en pétrole, les États-Unis interviennent dans la région afin de contrôler l’or noir et ainsi asseoir leur domination politique, militaire et économique sur un espace hautement stratégique dont dépendent l’Europe et l’Asie. Tandis que Washington soutient les régimes qui satisfont leurs intérêts géopolitiques, les nationalismes arabes séculiers, susceptibles de s’approprier leurs ressources pétrolifères, ont été affaiblis ou détruits - une position qui a laissé le champ libre à l’intégrisme religieux. Mais aux États-Unis comme au Moyen-Orient, le fondamentalisme détourne l’attention des citoyens des véritables enjeux, sapant le progrès social et le fonctionnement démocratique. Malgré la gravité et la complexité des situations exposées, la structure dialoguée rend l’ouvrage dynamique et facile à lire : Chomsky et Achcar s’accordent, se complètent, ou s’opposent parfois. On retrouve la plume sarcastique de Chomsky, sa grande connaissance de l’histoire politique américaine, alliés à l’expertise et l’analyse aiguisée d’Achcar sur la région. La poudrière du Moyen-Orient est un livre majeur pour comprendre les réels enjeux de cette région, un véritable antidote à l’amnésie politique. C’est surtout la rencontre entre deux intellectuels d’envergure qui explorent ensemble des solutions, dans un esprit de paix et de justice sociale. Noam Chomsky est linguiste, analyste des médias et professeur au Massachussetts Institute of Technology. Il est célèbre dans le monde entier pour ses écrits, notamment les livres suivant aux Éditions Écosociété : L’an 501, Le pouvoir mis à nu, Le nouvel humanisme militaire, Les dessous de la politique de l’Oncle Sam, Propagandes, médias et démocratie, Quel rôle pour l’État ? et Israël, Palestine, États- Unis : le triangle fatidique. Gilbert Achcar, français et canadien d’origine libanaise, est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Le choc des barbaries paru en treize langues et dont la seconde édition française, en format poche, est déjà épuisée. Militant bien connu pour sa collaboration au Monde Diplomatique, il enseigne la politique et les relations internationales. 395 pages édition : septembre 2007

    24,00 €
  • Ali Tariq : Le choc des intégrismes, croisades, djihads et modernité

    Tariq Ali jette ici une lumière vive sur la zone de tempêtes au carrefour de l'Afghanistan, du Pakistan, du Cachemire, de l'Inde et des anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale. Nourri d'une grande connaissance de l'histoire, il démêle l'imbroglio des contradictions nationales, sociales et religieuses explosives au seuil du XXIe siècle. Il dévoile ainsi la logique infernale qui aboutit aux attentats de Manhattan. Engagé sans simplisme, ce livre inclassable défie les conformismes culturels en brassant l'histoire, la littérature, la politique, et l'autobiographie. Il introduit ainsi une part de Lumières dans les labyrinthes obscurs de l'histoire au présent. Écrivain et auteur dramatique, TARIQ ALI est né à Lahore en 1943 et réside en Grande-Bretagne. Il a publié en 2001 un roman chez Syllepses, La Peur des miroirs. Sa trilogie romanesque, Le Quintette islamique (Ombres du Grenadier, Le Livre de Saladin, et La Femme de pierre), est en cours de traduction. « Ce livre d'une brûlante actualité retrace la chronique des interventions occidentales au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est. Son style est vigoureux et son récit passionnant. Tariq Ali nous rappelle quelques vérités salutaires et nous met en garde contre les explications faciles. » Times « Un livre très intelligent et écrit d'une plume très vivante... Espérons qu'il n'encourra pas une fatwa! » Times Literary Supplement 350 pages septembre 2002

    26,40 €
  • Barghouti : Boycott Désinvestissement Sanctions

    Contre Charles Boycott, propriétaire terrien irlandais, ses fermiers organisèrent en 1879 un blocus qui l’obligea à capituler sur les loyers et les conditions de travail. Le boycott est l’arme des pauvres contre les puissants, des opprimés contre la domination. Le mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) est issu d’organisations populaires palestiniennes en lutte contre l’occupation militaire de la Palestine et l’apartheid en Israël. Comme l’explique Barghouti, c’est un mouvement non violent, moral et antiraciste. Il vise tous les produits en provenance d’Israël : le limiter aux produits des colonies serait le rendre inefficace, tant cette origine est facile à masquer. Il vise entre autres le domaine académique, car à de très rares exceptions près l’université israélienne est complice de l’occupation et de l’apartheid. Le débat sur le boycott atteint désormais des pays aussi divers que la Norvège, l’Australie, les États-Unis ou l’Afrique du Sud. Sur ce débat, le public français est mal informé. La publication de ce livre, qui comble une lacune, est menée au nom de la liberté d’expression et du droit du public à une information indépendante. Avril 2010 190 pages

    14,20 €
  • Barzilai : Refuzniks, dire non à l'armée en Israël

    Ils s’appellent Tamar, Yaron ou Gal, ils sont étudiants, agriculteurs, postiers, anciens officiers ou parlementaires. Ils vivent à Tel Aviv ou à Jérusalem, ils ont 20, 40 ou 60 ans. Entre 2007 et 2017, le photographe Martin Barzilai a rencontré à plusieurs reprises une cinquantaine de ces Israéliens dits « refuzniks », qui refusent, pour des raisons politiques ou morales, de servir une société militarisée à l’extrême où le passage par l’armée est constitutif de la citoyenneté.

    En filigrane, ces refuzniks racontent toute l’histoire d’Israël, ses failles et ses contradictions, son caractère pluriel. Et dressent le portrait d’une société où tout devra être repensé pour construire un futur moins sombre.

    édition : octobre 2017

    20,00 €
  • Bellaloufi : Grand Moyen-Orient : Guerres ou Paix? pour une nouvelle révolution arabe

    ARTICLE TIRE DE "El Watan" : Comme l’indique, sans hésitation ni nuance, le sous-titre, le livre est incontestablement un engagement de l’auteur pour un changement radical de la scène politique de cette aire géographique parce que « les dirigeants arabes contribuent à la reproduction de l’ordre impérialiste sur la région ». Et d’ajouter : « Comment expliquer autrement qu’agneaux devant Washington et Tel-Aviv, ils se fassent loup devant leurs propres peuples ? » L’essai commence, dans sa première partie, par des rappels sur les affrontements qui ont opposé, en 2006, le Hezbollah et Israël et la « victoire » du premier sur le second. La deuxième partie décortique le projet de mise sous tutelle de la région arabe et musulmane qui va du Pakistan au Maroc sous la dénomination de « Grand Moyen-Orient » (GMO). Ce projet est décrit comme une « offensive américaine sans précédant » qui intervient à un moment de « crise de la domination impérialiste ». La troisième et la quatrième partie s’attardent sur une impérative et « nouvelle révolution arabe ». Hocine Belalloufi examine plus de soixante années de l’histoire des pays arabes, pour avancer des explications sur les échecs successifs qui ont jalonné cette période. L’objectif à atteindre est la définition d’une nouvelle démarche parce que « d’Islamabad à Nouakchott, les peuples du GMO sont en effet confrontés à la même hydre impérialiste à trois têtes (grandes puissances occidentales, Israël, régimes compradores locaux) ». Mais cet ouvrage ne peut, en aucun cas, avoir la prétention d’être un manuel pour nouveaux révolutionnaires. » Belalloufi, conscient de la difficulté comme de l’immensité de la tâche, conclut : « A côté de la réflexion et du débat communs sur la stratégie de la révolution à l’échelle de toute la région, il est indispensable et urgent de penser le processus dans chaque pays. » 310 pages édition : 2009

    15,00 €
  • Bouquin, Court, Hond : La Commune du Rojava, alternative kurde à l'Etat-nation

    A l'été 2014, alors que les pays de la région, l'ONU et l'OTAN assistent impuissants à l'avancée des jihadistes, le monde découvre les combattant·es kurdes qui ont fait reculer Daesh à Kobané, cette petite ville devenue symbole. Le sacrifice de ces jeunes femmes et de ces jeunes hommes était bien sûr motivé par la nécessaire résistance à la barbarie de l'Etat islamique, qui s'est déchaînée contre les Kurdes yézidis de la région de Sinjar.
    Mais cette détermination s'appuyait sur autre chose : la conviction qu'une société libre démocratique et égalitaire pour toutes et tous est possible, au Rojava mais aussi en Turquie. Autrefois imprégné par le marxisme-léninisme, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a dressé un bilan sévère des régimes bureaucratiques et autoritaires d'Europe de l'Est. Il a également pris ses distances par rapport au nationalisme et a questionné la pertinence de revendiquer un Etat-nation kurde.
    Emprisonné depuis 2000 et influencé par le libertaire écologiste américain Murray Bookchin, le fondateur du PKK, Abdullah Öcalan, a appelé à l'élaboration d'un nouveau paradigme qui confère à la démocratie directe un rôle pivot de la transformation sociale. En pleine guerre nourrie par des conflits intercommunautaires et des conflits d'intérêts géopolitiques, l'égalité entre les sexes, l'inclusion des minorités et la démocratie de conseils (quartier/village/canton) donnent corps à une révolution.
    Dans une région dominée par les tribus et les clans, s'est développée au Rojava une pratique d'inclusion et de représentation sur un pied d'égalité de toutes les minorités ethniques ou religieuses.
    Dans un contexte régional où les femmes sont au mieux privées de toute autonomie, le Rojava a inscrit l'égalité totale entre les genres dans sa charte, tandis qu'en Turquie, le Parti démocratique des peuples (HDP) instaurait le principe d'une double représentation femme-homme dans toutes les fonctions de responsabilité et envoyait au parlement des élu·es gays-lesbiennes, des Arméniens et des Assyriens.
    On dit de la poudrière du Moyen-Orient qu'une nouvelle guerre mondiale peut s'y déclencher. Mais on y voit naître aussi des idées et des pratiques qui montrent qu'un autre monde est possible.

    édition : mars 2017

    18,00 €
  • Bozarslan : Histoire de la Turquie de l'empire à nos jours

    Né au XIIIe siècle, l’Empire ottoman s’étend des portes de Vienne au Yémen, de l’Algérie à l’Irak.
    «Homme malade » de l’Europe, il s’effondre en 1923 et cède la place à la république de Mustafa Kemal.
    Aujourd’hui, la Turquie est une puissance émergente avec laquelle il faut compter. L’Empire ottoman connaît plusieurs siècles de conquêtes territoriales, notamment celle de Constantinople en 1453 par le sultan Mehmed II. Le règne de Suleyman le Magnifique parachève cet empire universel. Sa longévité, plus de 600 ans, est une exception dans le monde musulman.
    Au début du XIXe siècle, il tente de se réformer : absolutisme éclairé, règne autocratique d’Abdülhamid II, révolution jeune-turque de 1908. Après une décennie de guerre, marquée par la tragédie arménienne, un régime autoritaire, celui de Mustafa Kemal, voit le jour. À la lumière de ces sept siècles d’histoire, Hamit Bozarslan donne à comprendre la Turquie contemporaine, candidate à l’Union européenne.

    édition : avril 2015

    12,90 €
  • Bozarslan : Révolution et état de violence : Moyen Orient 2011-2015.

    Les contestations révolutionnaires de 2011 ont, pour un temps, changé les termes du débat dans la "rue arabe" mais aussi le regard que le reste du monde portait sur les sociétés moyen-orientales. L'héritage de la domination ottomane, le colonialisme et le post-colonialisme, l'autoritarisme, l'islamisme, la question palestinienne... semblaient, durant cette courte période, cesser de fournir les clefs d'intelligibilité du monde arabe. Tout convergeait, enfin, pour laisser supposer que le djihadisme des années 1980-2000 cédait place à une communion universelle entre ce monde et l'Occident.
    Pourquoi les promesses de 2011 ont-elles finalement été suivies d'un état de violence et d'effondrement social dans de nombreuses sociétés ? Comment ces révolutions ont-elles fait bouger les lignes de force structurant le monde arabe ? Quelles étaient les différentes structurelles et conjoncturelles entre la Tunisie et l'Egypte d'une part, les autres sociétés arabes de l'autre ? Quelles sont les conditions permettant à une crise révolutionnaire de devenir un moment de vérité aussi bien pour les pouvoirs que pour les sociétés ?
    C'est à ces questions que répond Hamit Bozarslan, dans un essai aussi limpide que nécessaire. Editions du CNRS, Avril 2015

    25,00 €
  • Charara Domont : Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste

    Le Hezbollah libanais, au travers de ses vingt années d'existence, est une illustration vivante de l'émergence et de l'évolution d'un mouvement islamo-nationaliste. Créé après l'invasion du Liban par l'armée israélienne en 1982, ce parti devient en quelques années le principal acteur de la résistance nationale contre Israël. Les développements intervenus sur les scènes locales et régionales (fin de la guerre civile libanaise et du conflit Iran-Irak), vont inciter le Hezbollah à adapter sa stratégie et son action à la nouvelle donne. Son intégration au système politique national, son ouverture en direction des autres composantes du pays concourent à la construction d'un véritable consensus libanais autour de son combat contre l'occupation. Son efficacité militaire, son réalisme politique en font un allié de choix pour Damas, Téhéran et même, dans une certaine mesure, pour Le Caire et Ryad face à ce qu'elles appellent les « visées hégémoniques » d'Israël. Il devient également un interlocuteur reconnu par les diplomaties européennes, russe ou chinoise. En revanche, pour Washington, engagé sa campagne mondiale antiterroriste, le Hezbollah constitue " l'équipe A du terrorisme, alors qu'AI-Qaïda n'est actuellement que "l'équipe B". Après la seconde guerre d'Irak, de nombreux responsables, experts et analystes américains invitent l'administration Bush à l'éradiquer. Ce refus des États-Unis de reconnaître le Hezbollah comme l'une des composantes politiques essentielles du Liban révèle la nature et l'ampleur des bouleversements que Washington entend provoquer dans le cadre de scn projet de « remodelage du Moyen-Orient ». Ce livre est à l'intersection de l'enquête journalistique et de l'analyse politique. Il traduit une volonté d'apporter un éclairage nouveau sur l'un des principaux acteurs de la scène proche-orientale, et celle de contribuer à créer les conditions d'un dialogue rendant possible une alternative commune aux confrontations régionales et à leurs conséquences désastreuses. Walid Charara est journaliste et chercheur en relations internationales. Il est par ailleurs consultant pour de nombreux médias arabes et occidentaux. Frédéric Domont est chef du bureau régional de Radio France Internationale au Liban. ll parcourt le Proche et le Moyen-Orient depuis quinze ans.

    21,50 €
  • Chomsky Pappé : Le champ du possible

    Noam CHOMSKY et Ilan PAPPÉ sont deux intellectuels qui n’ont jamais hésité à nourrir de leurs vues l’analyse du conflit israélo-palestinien. Frank Barat les a interviewés et a croisé leur réponse sur les derniers développements du conflit. La force de cet entretien, ce n’est pas tant l’analyse politique du conflit mais bien la volonté des deux auteurs de dégager des perspectives susceptibles de faire taire la guerre car comme le souligne Pappé dans cet entretien : "La paix se règle entre ennemis, pas entre amoureux". 50 pages édition : novembre 2008

    6,10 €
  • Commune internationaliste du Rojava : Make Rojava green again

    Depuis 2011, la région du Rojava est devenue à la fois le symbole de la résistance contre Daech, mais aussi un territoire qui se construit autour d’un projet révolutionnaire d’autogestion démocratique. Cette nouvelle expérience politique – inspirée en partie par l’américain Murray Bookchin et ses propositions d’écologie sociale et de municipalisme libertaire – bien que se trouvant dans une zone de crise géopolitique difficile à cerner, continue à rechercher des alternatives pratiques à mettre en place, dès à présent, pour « reverdir » la région.
    C’est ainsi que, début 2018, le Comité pour l’écologie du canton Cizirê, en collaboration avec la Commune internationaliste du Rojava, a lancé une campagne internationale afin de soutenir les travaux écologiques dans le Nord de la Syrie et, en même temps, a créé un réseau d’échanges et de débats entre toutes les personnes, collectifs et mouvements investis dans des luttes similaires un peu partout dans le monde. L’Atelier de création libertaire – qui depuis maintenant 40 ans cherche à créer des ponts entre la pensée et l’action d’une culture libertaire sensible à l’écologie – s’associe à cette démarche en assurant la diffusion du livre Make Rojava Green Again. Nous pensons que nous avons besoin tous les jours d’un élan pragmatique dans les différentes initiatives que nous menons là où nous vivons, mais sans oublier la part d’utopie vers laquelle nous espérons continuer de nous rapprocher.

    édition : mai 2019

    8,00 €
  • Daher Joseph : Le Hezbollah, un fondamentalisme religieux à l'épreuve du néolibéralisme

    Au Moyen-Orient, le Hezbollah libanais apparaît comme un acteur politique et militaire incontournable tant sur la scène libanaise que régionale. Au Liban, il est, depuis plusieurs années, de tous les gouvernements et a acquis des fortes positions de pouvoir. En Irak et surtout en Syrie, ses détachements armés en lutte contre l'État islamique et en soutien au régime d'Assad ont acquis un poids militaire digne d'une véritable armée.
    Né au début des années 1980 comme l'expression politique des couches chiites libanaises les plus pauvres et marginalisées, victimes d'un système politique confessionnel discriminant, le Hezbollah s'est imposé comme le principal représentant d'une communauté chiite en expansion qui a connu depuis de profondes transformations sociales avec l'apparition d'une couche bourgeoise qui s'est développée notamment dans la diaspora libanaise dans les pays du Golfe et en Afrique. Ces évolutions sociales n'ont pas été sans conséquences sur la physionomie du mouvement islamique qui s'est adapté au système dominant libanais et accompagne désormais activement les politiques néolibérales en cours au Liban, au risque de fortes contradictions avec sa base sociale d'origine.
    Parmi l'ensemble des organisations islamiques prépon- dérantes sur les différentes scènes de la région, le Hezbollah présente de nombreux attributs qui sont communs à ces nouveaux acteurs politiques. Son étude permet donc, au-delà de son cas spécifique, de mieux appréhender la nature particulière des mouvements islamiques. L'auteur se refuse à réduire ces mouvements à leur na- ture religieuse ou de céder à un orientalisme hasardeux.
    Dans le cas du Hezbollah, il nous propose d'appréhender son développement dans le cadre des transformations sociales et économiques du Liban, notamment de celles de la communauté chiite libanaise. Aussi successivement, l'ouvrage, après une courte introduction à l'histoire du Liban, analyse l'émergence du Hezbollah dans le cadre du système confessionnel libanais et sa mutation sociale et politique.
    Il examine ensuite les relations du mouvement isla- mique à la société civile libanaise et plus particulièrement son opposition aux mouvements sociaux et au mouvement syndical.
    Enfin, il traite du développement de son appareil mili- taire et de sa politique étrangère, notamment à l'égard des printemps arabes et du soulèvement syrien. Au terme d'un séjour d'un an au Liban où il a rencontré les principaux acteurs politiques et sociaux du pays, l'auteur nous propose une étude documentée et sans concession. Son ouvrage est issu de son doctorat sur le Hezbollah de la « School of Oriental and African Studies » de l'Université de Londres.

    édition : février 2019

    20,00 €
  • Dalle Gasman : Le cauchemar syrien

    Depuis le début de l’année 2011, le monde entier assiste, révolté, impuissant, voire indifférent, à l’un des conflits les plus barbares depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Avec 250 000 morts, des centaines de milliers de blessés, des millions de réfugiés et d’innombrables villes et villages en ruine, la Syrie vit un véritable cauchemar. Incapables de ramener à la raison un dictateur prêt à tout pour se maintenir au pouvoir, réticents à fournir à l’opposition modérée l’assistance militaire qu’elle réclamait, les pays occidentaux et d’autres acteurs régionaux se montrent de plus en plus réceptifs aux sirènes de Moscou sans qui le régime de Bachar al-Assad aurait sombré depuis longtemps. Aujourd’hui l’attention du monde entier se détourne de la barbarie du clan Assad pour se focaliser sur celle des djihadistes de l’Etat islamique. Des voix s’élèvent même pour estimer que ce pouvoir à bout de souffle « pourrait être utile » dans la guerre contre Daech.
    Ce livre se propose d'expliquer comment le régime de Bachar al-Assad est parvenu à se maintenir au pouvoir grâce au soutien indéfectible des Iraniens et des Russes. Indifférents aux drames de 20 millions de Syriens, Moscou et Téhéran défendent leurs intérêts dans la région et ont beau jeu de rappeler les fautes multiples commises dans le passé par Washington et certains pays du Golfe largement responsables de l’essor du djihadisme.
    Ignace Dalle, journaliste, fut chargé des questions arabes à l’AFP, en poste à Beyrouth, à Amman puis au Caire, et enfin à Rabat.
    Wladimir Glasman est né au Maroc. Agrégé d’arabe, il a, comme diplomate, exercé ses fonctions notamment en Algérie, en Jordanie, et en Syrie pendant près de dix ans.

    édition : janvier 2016

    26,00 €
  • Darwich : Anthologie bilingue (1992-2005)

    Une anthologie bilingue de l'oeuvre poétique de Mahmoud Darwich, l'un des plus grands poètes arabes contemporains devenu le porte-parole de tout un peuple, qui s'est éteint le 9 août 2008. A ma langue de l'emporter sur le siècle adverse, sur ma lignée, sur moi, sur mon père, sur une fin qui ne finit pas. Voici ma langue et mon miracle, la baguette de ma féerie, les jardins de ma Babylone, mon obélisque, ma première identité, mon métal poli, le sacré de l'Arabe au désert qui adore ce qui coule des rimes, étoiles sur sa cape, et adore ce qu'il dit. Cette anthologie bilingue retrace l'itinéraire poétique de Mahmoud Darwich depuis le début des années 1990. Elle regroupe des poèmes extraits de six recueils dont chacun a été considéré à sa sortie comme une oeuvre majeure, un important jalon dans l'histoire de la poésie arabe contemporaine : Onze astres, Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?, Le Lit de l'étrangère, Murale, Ne t'excuse pas et Comme des fleurs d'amandier ou plus loin. En pleine possession de ses moyens techniques, mêlant l'individuel et le collectif, le lyrique et l'épique, le quotidien et l'éternel, le poète y réussit le pari de toute sa vie : opposer la fragilité humaine à la violence du monde et élever la tragédie de son peuple au rang d'une métaphore universelle. 316 pages édition : juin 2006

    9,20 €
  • Darwich : Je soussigné Mahmoud Darwich

    Le poète Mahmoud Darwich a donné une longue interview à la journaliste Ivana Marchalian, lui demandant expressément de la publier cinq ans après sa mort. La promesse a bien été tenue par la journaliste qui nous livre, dans un récit intimiste, les écrits à travers lesquels se dévoile le regard rétrospectif du poète sur sa vie et son œuvre.

    édition : octobre 2015

    17,00 €
  • Darwich : La Palestine comme métaphore

    "J’ai trouvé que la terre était fragile, et la mer, légère ; j’ai appris que la langue et la métaphore ne suffisent point pour fournir un lieu au lieu. (…) N’ayant pu trouver ma place sur la terre, j’ai tenté de la trouver dans l’Histoire. Et l’Histoire ne peut se réduire à une compensation de la géographie perdue. C’est également un point d’observation des ombres, de soi et de l’Autre, saisis dans un cheminement humain plus complexe. (…) Est-ce là simple ruse artistique, simple emprunt ? Est-ce, au contraire, le désespoir qui prend corps ? La réponse n’a aucune importance. L’essentiel est que j’ai trouvé ainsi une plus grande capacité lyrique, et un passage du relatif vers l’absolu. Une ouverture, pour que j’inscrive le national dans l’universel, pour que la Palestine ne se limite pas à la Palestine, mais qu’elle fonde sa légitimité esthétique dans un espace humain plus vaste. " Dans ces entretiens, dont quatre traduits de l’arabe et un de l’hébreu, Mahmoud Darwich retrace son itinéraire poétique, livrant en même temps un témoignage d’une brûlante actualité sur les mutiples facettes de l’identité palestinienne. TABLE Qui impose son récit hérite la Terre du Récit (entretien avec le poète libanais Abbas Beydoun, Al-Wasat, Londres, n°191, 192, 193, septembre-octobre 1995. Repris dans Mashârif, Haïfa-Jerusalem, n°3, octobre 1995) Nulle demeure pour la poésie hors un canon poétique (entretien avec le critique littéraire syrien Subhi Hadidi, en collaboration avec Basheer al-Baker, Al-Karmel, Nicosie, n°47, 1993. Revu et augmenté en novembre 1996) Notre présent ne se résout ni à commencer ni à finir (entretien avec les écrivains palestiniens Liana Badr, Zakariyya Mhuammad et Mundher Jaber, Dafâtir thaqâfiyya, Ramallah, n°3, juin 1996) Je ne reviens pas, je viens (entretien avec la poétesse israélienne Helit Yeshurun, Hadarim, Tel-Aviv, n°12, printemps 1996. Tradit de l’hébreu par Simone Bitton, Revue d’étude palestinienens, Paris, n°9, automne 1996) La maison est plus belle que le chemin de la maison (entretien avec le poète syrien Nuri Jarrah, Al-Hayat, Londres, 20 mai 1996 extraits Qui impose son récit hérite la Terre du Récit (…) - Aviez-vous déjà, à cet âge précoce, une image du juif israélien ? - J’ai vu mon premier Israélien juste après notre " infiltration " du Liban. Nous logions chez des parents dans un autre village. Nous dormions à cinq dans la même pièce. Au milieu de la nuit, un officier israélien fit irruption et réveilla mon grand-père pour lui demander comment il s’était infiltré. Il ne m’a pas fait peur, car il était aimable. Voici une première image. Celle qui la suivit fut différente. Enfant, j’ai déclamé un poème patriotique à la fête de l’école. Un officier me convoqua, me menaça et me parla avec une extrême grossièreté. Mais parmi mes maîtres, la meilleure fut une institutrice juive, alors que le directeur de l’école et le professeur manquaient de chaleur. Et, bien entendu, mon premier geôlier fut juif aussi … Tout cela, pour vous dire que j’ai de multiples images de l’Autre israélien. - Qu’en est-il de l’image de l’ennemi ? - Elle fut dès le départ humaine. Multiple et variée. Il n’existe pas chez moi de vision unique et définitive de l’Autre. Celui qui m’a éduqué était juif, celui qui m’a persécuté l’était aussi. La femme qui m’aima était juive. Celle qui me détesta aussi. - Pouvons-nous parler de votre amour pour cette juive ? - Nous pouvons. - Est-elle dans votre poésie ? - Elle est présente. Quant à savoir comment naît un amour … Cela ne peut s’expliquer. Le hasard peut-être. Le travail du désir, de l’attirance affective, crée la romance. La société israélienne est occidentale, ouverte, si on la compare avec la société arabe, plus traditionnelle. Il n’était pas facile de nouer une relation effective avec une jeune fille arabe. Mon premier amour fut une Arabe, mais nous nous aimions par correspondance ! Sans nous rencontrer. Une lettre par-ci, une autre par-là. J’étais si heureux, quand elle recevait ma lettre, de même, quand je recevais sa réponse. Mais la première relation digne de ce nom, je l’eus avec une juive. - Cette relation fut-elle ambiguë ? - Inévitablement. Ce type de relation était forcément ambigu, notamment avec les parents de l’aimée. Même si leurs réactions variaient selon leurs origines, leur éducation, leur vision du monde. J’ai été amoureux d’une fille dont le père était polonais et la mère russe. La mère m’a accepté, le père m’a rejeté. Et ce n’était pas seulement parce que je suis arabe. A l’époque, d’ailleurs, je ne me sentais pas tout le temps l’objet d’un racisme ou d’une haine venus des entrailles. C’est la guerre de 1967 qui a bouleversé les choses. Elle s’installa, au figuré, entre les deux corps, elle aiguisa une incompatibilité jusque-là inconsciente. Imaginez que votre amie soit soldate d’une armée d’occupation, qui arrête les filles de votre peuple à Naplouse ou à Jérusalem. Cela ne pèse pas uniquement sur le cœur, mais sur la conscience. La guerre de 197 a rompu les relations affectives entre les jeunes hommes arabes et les jeunes filles juives. Nulle demeure pour la poésie hors un canon poétique (…) - (…) Vous imposez-vous des règles précises, une fois passée la naissance spontanée de votre poème ? Comment lui donnez-vous sa forme finale ? - Il y a deux registres dans l’écriture. Tout d’abord, la poésie n’est pas seulement un instant de maturation, une révélation fulgurante, mais une pratique esthétique complexe qui exige du poète autant de vigilance critique que d’attention à ne pas s’y laisser emprisonner. Car le savoir, s’il n’est pas maîtrisé risque de brider l’inspiration et d’entraîner le poème vers la logique des formules mathématiques. Il faut commencer par libérer les sens, la spontanéité, le besoin de s’exprimer, des lois de l’écriture et de la rhétorique. C’est le premier temps de l’écriture poétique : exprimer des sensations par des moyens conscients et non raisonner par des moyens sensoriels. A chaque poète sa manière d’y parvenir. Il reconnaît toujours l’heure de l’inspiration dans la mesure où elle est la résultante de différents facteurs, intérieurs et extérieurs. Ils aboutissent à cet instant unique où le poète sait que le poème est sur le point de naître. Le poète est celui qui parfait l’observation de cet instant où il se sent prêt à aller chercher la poésie dans le tréfonds de son être. Comment ? Tout ce que je peux dire c’est que l’inspiration n’est pas un réveille-matin qui sonne l’heure d’aller écrire ; et qu’il faut l’attendre et travailler pour préparer le moment de votre rencontre. (…) - La terre est-elle la base de votre empathie avec le discours de l’homme rouge ? Ce thème est, en effet, central dans votre œuvre. - Pour le Palestinien, la terre ne relève pas uniquement du politique, mais aussi du sacré. Dès mes premiers pas dans la poésie, j’ai abordé la terre et ses éléments, herbe, arbres, bois coupé, pierres, comme des êtres vivants. Je veux dire que tout me préparait à recevoir le message de l’Indien. Ayant pris connaissance de sa culture, je me suis rendu compte qu’il avait parlé de moi mieux que je ne l’avais fait moi-même. Aussi, je tire fierté d’avoir hissé la revendication du droit palestinien au niveau du combat de l’homme rouge pour ses droits. C’est une défense de l’harmonie de l’univers et de la nature, harmonie que l’homme blanc a rompue par sa conduite. Dans les deux cas, la terre est l’objet du conflit, et la colonisation au cœur de l’affrontement. Et la conscience tragique est suffisamment élevée chez les Palestiniens, pour leur permettre de se retrouver dans toute tragédie, de la Grèce à nos jours. C’est très précisément pourquoi nos textes sont épiques et non mythiques, et qu’ils n’affirment pas la suprématie des facteurs objectifs sur la volonté de l’homme. Notre présent ne se résout ni à commencer ni à finir - Comment vivez-vous le fait d’être devenu une légende vivante ? - Je n’en suis ni fâché ni heureux, plutôt étonné. Je ne suis toutefois pas responsable des statues érigées au poète. Il semble néanmoins que cette tradition de notre histoire littéraire soit encore vivace. Je n’aspire bien entendu à être ni un symbole ni une légende. Mais je n’ai aucune prise sur les choses, aucun moyen de modifier la perception que les gens ont de leur propre voix. Et je reconnais que ma voix personnelle porte aussi des dimensions collectives, quoi que je fasse pour lui assurer un espace vital. Et même lorsque je réussis à me retrancher dans mon univers, les gens se réservent le droit de déceler un message public dans cette part autobiographique de mon œuvre. Cette situation m’embarrasse car elle pourrait me priver de la possibilité d’explorer mon monde intérieur comme je le souhaite. Je m’en plaignais par le passé. Je mettais en cause le mode de lecture de ma poésie. Je réclamais inlassablement une lecture innocente de mes poèmes. Mais il semble que cette revendication est illusoire. Existe-il une lecture innocente de quelque texte que ce soit ? Certainement pas. En réalité, je ne réclamais qu’une lecture moins politique de mes poèmes. Tout cela pour vous dire que j’ai échoué et que je me retrouve investi d’une image épuisante, de lourdes responsabilités, non seulement en ce qui concerne mon propre travail, mais aussi pour ce qui est de ma conduite personnelle et de mes opinions. Je me vois surchargé de signes symboliques que je ne peux ni accepter tels quels ni refuser. Aussi me faut-il être à la hauteur du rôle et de la responsabilité que l’on m’a confiés. Je n’ai pas le droit de décevoir. (…) - Votre expérience politique joue-t-elle un rôle ? Vous avez eu une vie politique très riche … - Mon expérience politique est partagée par des dizaines de milliers d’autres Palestiniens. Et nombreux sont ceux qui sont plus expérimentés que moi. Mais ils n’ont cependant pas eu les mêmes intuitions. L’expérience, associée à l’imaginaire poétique, a façonné ma vision de l’avenir. Le politique, dénué d’approche culturelle ou d’imaginaire poétique, demeure de l’ordre du conjoncturel. Je ne reviens pas, je viens (…) - Ne pensez-vous pas avoir accompli ce chemin parce que vous étiez en situation d’exil ? Maintenant, lorsque l’amour de la patrie se concrétisera en problèmes du quotidien, vous aurez à faire le chemin inverse vers la réalité. Etes-vous inquiet ? - Le lien dont vous parlez n’est pas poétique, mais politique. Pour la poésie, la situation actuelle est préférable. Nous aurons une solution miracle à tous les problèmes : nous aurons un Etat. C’est ainsi que nous pensons au niveau politique. Mais d’un point de vue littéraire, c’est une erreur. Lorsque les Palestiniens auront un Etat, le défi littéraire sera encore plus difficile. L’Etat les aidera à écrire dans des conditions " normales ". Mais ces conditions normales prouveront si cette littérature vaut la peine d’être écrite. Beaucoup d’écrivains palestiniens s’appuient sur le non-Etat. Mais un Etat n’est pas un sujet littéraire. Une patrie non plus. Lorsque vous avez une patrie et que vous en parlez avec un enthousiasme patriotique, c’est ridicule. C’est pourquoi une grande partie de la littérature palestinienne se trouvera en crise. Les rêves se réaliseront, et après ? Moi, je ne souffrirai pas de cette crise. Je l’ai déjà vécue. J’ai construit ma propre patrie. J’ai même fondé mon Etat, dans ma langue. Si la poésie n’a pas d’espace humaniste – si elle ne touche pas à l’humain –, le texte est mort. Ce qui ne veut pas dire que nous ne devons écrire que sur des thèmes généraux. La littérature vient du quotidien, mais le quotidien se définit-il par les frontières de la terre où nous avons nos racines ? Qu’est-ce qu’une patrie ? Un lieu qui permet aux gens de pousser. Mais pas pour en faire un drapeau. Dans " Trêve avec les Mongols ", je dis : " Si nous l’emportons, nous suspendrons nos noires bannières sur les cordes à linge, puis nous en ferons des chaussettes. " Je ne consacre pas ma vie à un drapeau. - Dans votre poésie des dix dernières années je sens de plus en plus un rapprochement avec la conception juive qui a mûri pendant des siècles d’exil : le texte face à la réalité, le lieu abstrait face au lieu physique. Dans "Une mémoire pour l’oubli", vous écrivez : "Nous n’avons vu du Liban qu’une langue nous rendant à l’instinct de l’existence." Et dans un autre passage : "La Palestine n’était plus une patrie mais un slogan vide de sens. "Je sais que la comparaison entre le destin juif et le destin palestinien vous révolte, car elle implique une sorte de "compétition" pour savoir qui est plus victime que l’autre. - Tout d’abord, cette comparaison ne me choque pas s’il s’agit de profondeur littéraire. En ce domaine le nationalisme n’existe pas. Je pense que ce complexe qui consiste à accepter ou à refuser la comparaison sera résolu avec la paix. Le juif n’aura pas honte de la composante arabe qui est en lui, et l’Arabe n’aura pas honte de déclarer qu’il est également fait de composantes juives. Surtout qu’il s’agit de la même terre, Eretz Israël en hébreu, Palestine en arabe. Je suis le produit de toutes les cultures qui sont passées dans ce pays, la grecque, la romaine, la perse, la juive, l’ottomane. Cette présence existe jusque dans ma langue. Toute culture forte y a laissé quelque chose. Je suis le fils de toutes ces cultures, mais je n’appartiens qu’à une seule mère. Est-ce à dire que ma mère est une prostituée ? Ma mère est cette terre qui a accueilli tout le monde, qui a été témoin et victime. Je suis aussi le fils de la culture juive qui fut en Palestine. C’est pourquoi je ne crains pas la comparaison. Mais la tension politique – si Israël est présent, les Palestiniens doivent s’absenter, et si les Palestiniens sont là, Israël ne peut y être – a fait que nous avons refusé de nous considérer comme nés des mêmes conditions et nous sommes devenus rivaux dans la question de savoir qui de nous est davantage la victime de l’autre. J’ai déjà vu des sionistes perdre l’esprit lorsqu’on leur rappelle les génocides perpétrés contre d’autres peuples. Comme Elie Wiesel, qui a écrit qu’il se demande comment on a pu dire que ce qui se passe en Bosnie est un génocide. Comme s’il y avait là un monopole juif. A chaque fois que je suis invité à un festival ou à une émission de télévision, on veut toujours inviter un écrivain israélien au nom de l’équilibre. Les Italiens m’ont proposé de publier un livre commun avec Nathan Zakh. Je leur ai dit : Si vous pensez que Nathan Zakh est un bon poète, et je pense qu’il l’est, et si vous pensez que je suis un bon poète, et je n’en suis pas aussi sûr que vous, alors publiez un livre de lui et un livre de moi. Pourquoi dois-je être défini par mon rapport, bon ou mauvais, aux Israéliens ? C’est de la politique. Vous transformez notre travail littéraire en politique. A cela je m’oppose. Mais y a-t-il des choses communes entre mon périple et celui du juif ? Je pense que oui. Sous l’aspect de la destinée humaine il y a beaucoup de croisements. C’est bon et c’est mauvais à la fois. J’ai peur que cela ne crée un nouveau ghetto. Que nous n’y prenions du plaisir. La maison est plus belle que le chemin de la maison - Vous rentrez de Palestine. Votre visite éclair fut d’autant plus surprenante qu’elle était absolument inattendue. Qui êtes-vous après ce " voyage nocturne ", comme dans un songe ? - Je en cesse de me demander si je suis encore qui j’étais. Cette visite m’a ramené cinquante ans en arrière. Je suis redevenu l’enfant qui, là-bas, courait derrière les papillons, cueillait les fleurs et posait ses premières questions. Je suis encore dans l’euphorie des retrouvailles avec l’enfant que j’ai été il y a si longtemps. Oui, je suis aujourd’hui qui j’étais et qui je serai. (…) - Quel est à votre avis le plus grand obstacle devant l’émergence d’un Etat palestinien indépendant ? - La colonisation. Je connaissais la colonisation par mes lectures, par les récits des témoins, les cartes que l’on me montrait. Mais, croyez-moi, lorsque j’ai vu de mes propres yeux l’ampleur de l’extension des colonies sur notre terre, j’ai compris l’extrême gravité de la situation. - C’est ce qui vous a fait dire que dans les territoires occupés, les colonies étaient la règle, et la terre tenue encore par les Palestiniens, l’exception ? - Absolument. Il suffit d’y circuler pour voir que si les îlots palestiniens encerclés sont une réalité nationale, la colonisation demeure la règle. Et j’ai bien peur, si les choses demeurent inchangées, que l’Etat palestinien qui pourrait voir le jour ait en son sein un Etat juif. En réalité je ne crois pas possible la naissance d’un Etat palestinien indépendant et souverain, si la colonisation perdure. 190 pages édition : septembre 2002

    8,20 €
  • Darwich : Présente absence

    Publié en 2006, Présente absence est l'avant-dernier livre de Mahmoud Darwich paru de son vivant.
    Il s'agit d'une adresse, en vingt chapitres, à son autre moi, lui restituant les moments clés de son existence, depuis la première enfance jusqu'à la mort qu'il pressentait toute proche. Cc texte éblouissant, fourmillant d'images insolites et d'allusions historiques et littéraires, teinté parfois d'une douce mélancolie mais parsemé aussi de traits d'humour, prolonge en quelque sorte le long poème Murale dans un va-et-vient permanent entre le passé et le présent.
    A l'enfant, fils d'un modeste paysan galiléen, Darwich rappelle l'abandon de la maison familiale et le départ en 1948, sous les bombes, au Liban ; au jeune homme, ses premiers émois amoureux ; à l'exilé, les senteurs des villes où il a résidé et les séductions de l'automne parisien ; au poète, ses rêves et ses cauchemars, et ses démêlés quotidiens avec les mots et les métaphores.
    Combinant fragments de mémoire et introspection, Darwich revisite les grands thèmes de son oeuvre, en se situant délibérément à l'étroite frontière entre une poésie en prose et une prose poétique.

    édition : mars 2016

    17,00 €
  • Dot-Pouillard : La mosaïque éclatée, une histoiredu mouvement nationalpalestinien (1993-2016)

    Les accords d'Oslo signés par Arafat et Rabin en septembre 1993 constituent un tournant décisif dans l'histoire du mouvement national palestinien : l'OLP s'installe en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Or ces accords laissent en suspens toutes les questions de fond (l'avenir de Jérusalem, le droit au retour des réfugiés, les frontières du futur État palestinien, etc.), et les gouvernements israéliens successifs ne vont pas manquer d'en tirer profit pour accélérer la judaïsation de Jérusalem et la colonisation de la Cisjordanie./br> Dès lors, le mouvement national palestinien se divise sur la faisabilité de l'option dite des deux États, mais aussi sur le bilan de l'Autorité nationale, la restructuration de l'OLP, les formes de résistance, armée ou non violente, et les alliances régionales à établir, avec l'Iran ou avec les pays du Golfe. Il connaît en conséquence bien des recompositions idéologiques, entre nationalisme et islamisme.
    Nicolas Dot-Pouillard insiste dans ce livre solidement documenté sur les principaux débats stratégiques et tactiques qui agitent la scène politique palestinienne dans sa diversité géographique, éclairant les positions des différentes forces en présence, du Fatah au Hamas, en passant par le Jihad islamique et la gauche.

    édition : octobre 2016

    22,00 €
  • Filiu: Main-basse sur Israël -Netanhyaou et la fin du rêve sioniste

    sraël va vivre en 2019 des élections d'une importance capitale. Les pères fondateurs du sionisme auraient pourtant bien de la peine à se retrouver dans l'actualité israélienne, marquée par les scandales à répétition et des polémiques d'une brutalité inouïe. Le grand artisan de ce détournement est Benyamin Netanyahou, en passe de battre le record de longévité de David Ben Gourion à la tête du gouvernement de l'État hébreu.
    Jean-Pierre Filiu éclaire ce processus de régression démocratique par une réflexion historique sur le sionisme. Dans ce livre qui fera date, il démontre la manière dont les thèses longtemps minoritaires de Zeev Jabotinsky (1880-1940) se sont imposées en lieu et place du travaillisme des pionniers d'Israël. Il décrit comment cette main basse sur Israël s'accompagne aujourd'hui de la fin du rêve sioniste : Netanyahou a choisi de s'appuyer sur les religieux ultraorthodoxes contre toutes les autres familles du judaïsme ; il n'hésite pas à jouer aux États-Unis les fondamentalistes chrétiens contre la communauté juive ; il va jusqu'à encourager, comme en Hongrie, des campagnes à relent antisémite.
    Un autre Israël demeure néanmoins possible, mais il lui faudra se réconcilier avec lui-même et avec la diaspora avant de rouvrir l'horizon de la paix avec ses voisins arabes.

    édition : janvier 2019

    16,00 €
  • Gresh : De quoi la Palestine est-elle le nom?

    Pourquoi la Palestine suscite-t-elle des polémiques si passionnées, alors que cette terre a perdu de sa valeur stratégique et ne contient pas de pétrole ? De quoi la Palestine est-elle donc le nom ? D'un antisémitisme sans cesse recommencé ? De la haine de l'Occident nourrie par le monde musulman ? D'un ordre colonial finissant ? Longtemps, l'histoire de la Palestine s'est limitée à celle, tourmentée, du peuple juif aspirant après deux mille ans d'exil à retrouver une patrie. Pour les autochtones, en revanche, et notamment dans le monde arabe qui vit une période de révolutions, elle se résume à une spoliation qui perdure et qui rappelle, de l'Asie à l'Amérique latine en passant par l'Afrique, une oppression pas si ancienne. A la fois historique et politique, cet ouvrage replace la Palestine dans un contexte de mutation de la scène internationale. Tout en rappelant le lien entre ce territoire et "la question juive", Alain Gresh cherche à modifier radicalement notre perspective sur le conflit, car il est de ceux qui continuent d'espérer une solution reposant sur des valeurs universelles, transcendant les divisions ethniques ou nationales. ..................................... 220 pages édition : mars 2012

    7,70 €