Apologie des juifs 1789 (intro Löwy et Varikas)

Prix
12,00 €

Lors de ses recherches à la Bibliothèque Nationale sur les oubliés de la Révolution Française,  Eleni Varikas a découvert ce document de 1789 sur les droits des juifs, qui n’avait jamais été re-édité. Ce texte a suscité son étonnement et son admiration et elle me l’a fait lire : nous avons décidé qu’il fallait à tout prix chercher un éditeur pour le publier.

 

Fils d'un rabbin, né à Lublin (Pologne) en 1740, Zalkind Hourwitz étudie à Berlin avec Moses Mendelssohn s'établit à Paris en 1786 où il rejoint les rangs de ce groupe composite de Juifs parisiens, venus d'horizons et de communautés différentes de la France et de l'étranger, ayant fui le ghetto ou le contrôle de leur communauté pour la liberté que représentait cette capitale de la culture.
Plus déiste qu'orthodoxe (il «prie l'Être suprême en hébreu»), il reste en marge des communautés juives existantes («portugais», alsaciens, juifs «du pape»), il devient une figure exemplaire de cet universalisme intransigeant qui marque la lutte des Juifs parisiens pour l'émancipation.
Engagé dans la garde nationale, il participe à la délégation juive à l'assemblée générale de la Commune de Paris. Il demande l'égalité pour les Juifs, au même titre que toutes les autres catégories de citoyens. En janvier 1790, il convainc la Commune de Paris à accorder les pleins droits aux Juifs, mais il faudra attendre septembre 1791 pour qu'une Assemblée nationale hésitante se décide à sauter le pas et décréter léémancipation civique des Juifs.
L'humanisme des Lumières constitue à la fois une des dimensions les plus subversives et les plus problématiques de l'universalisme moderne. L'idée de l'unité et de l'égalité du genre humain est une des sources intellectuelles de la Révolution française et de son œuvre la plus universelle: la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. C'est une idée profondément utopique qui n'a pas encore fini de révéler toutes ses potentialités subversives. Mais, pour accomplir ses promesses, le moment d'abstraction doit être dialectiquement dépassé par l'universalité concrète qui, loin de nier les particularités, découvre dans celles-ci à la fois dans ce qu'elles partagent et dans leur diversité – la figure de leur commune humanité. Or, la compréhension de l'être humain comme union de l'universel et du particulier, de l'identité et de la différence, l'idée d'une humanité riche de toutes les singularités, échappent à l'horizon de visibilité de l'humanisme abstrait.
D'où le dilemme inscrit dans l'histoire et le concept modernes de l'émancipation qui appelle l'individu à faire un choix impossible entre sa participation à l'universalité humaine et sa particularité religieuse, nationale ou autre.

On le voit, cette question née dans les Lumières du 18e siècle garde une brûlante actualité.

édition : janvier 2002